Prendre le risque de s'égarer un peu...

psychologue lacher prise
«Qui veut se souvenir doit d’abord se confier à l’oubli.»
Maurice Blanchot
 
Se lancer ce défi, se perdre, partir et prendre le risque de s’égarer un peu, loin des repères habituels pour semer la mémoire de nos vies éduquées.
 
Aucun chemin précis, des horizons multiples, mille possibilités suspendues entre ici et ailleurs. C’est une aventure individuelle, l’œuvre ultime, notre interprétation personnelle.
 
Par petits pas, par petites touches on s’essaye jusqu’à parfois se surprendre, être au-delà de soi, au-delà d’un savoir, au-delà de la vie dont on a hérité.
La réussite serait de pouvoir s’écrier face à l’œuvre de sa propre vie « Que cette œuvre est jolie !».
 
Nos mémoires sont trompeuses, elles jouent à se souvenir, elles nous racontent bien souvent des histoires qui ne nous concernent pas, elles font nôtres des colères qui ne nous appartiennent pas, elles récitent des vérités qui ne sont que des copies d’un passé dépassé, elles nous montrent des photos qui ne nous ressemblent plus.
 
Oser alors tout effacer de manière volontaire et délibérée et aller cueillir, vivant, le parfum essentiel.
Être capable, sans trembler, de cette folie pour soi !
 
Les seules certitudes, les seules convictions, sont celles que l’on a éprouvées et non celles dont on nous a parlé, elles sont profondément personnelles et singulières, elles ne valent que pour chacun d’entre nous, elles ne peuvent ni se prêter ni s’échanger.
 
Elles sont à trouver seul, à aller récolter, quelque part sur les terres fertiles du début de nos vies, à l’endroit d’une source, intense et lumineuse, qui nous chante nos oublis.
 
Partir, alors se dévêtir de ce moi encombré.
Partir, prendre le chemin opposé aux évidences transmises afin que nos silences recueillis ouvrent la porte à nos plus belles présences.
Partir, sans semer de caillou, prendre le risque de s’éloigner des habits d’apparats, de nos costumes de circonstances.
 
Prendre le risque d’aller se perdre pour tromper la mémoire de nos fausses identités.
 
« Il y a au creux de nos vies,
Un murmure silencieux Qui nous chante nos oublis ».
 
A.L.F
14 juillet 2018.