Mieux comprendre nos émotions

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    Mieux comprendre nos émotions

    Category : carnet de route

    « On ne nait pas libre, on le devient », Spinoza.

    Bien avant Freud, Spinoza avait compris que toutes les actions que nous pensons mener librement sont en réalité dictées par notre affectivité (nos émotions), nos croyances et nos représentations (déterminées par nos émotions). Nos émotions sont omniprésentes, impossibles à laisser au placard le matin et elles font bien souvent la météo de nos journées.Elles nous rendent heureux, nous encombrent, nous dépassent ou nous font honte. Nous sommes tiraillés entre le besoin de les laisser être et les vivre pleinement – ce qui renvoie à ce que l’on est – et les ravaler, les domestiquer – ce qui renvoie à ce que l’on fait ou que l’on croit devoir faire en société.

    Définition et fonction

    Une émotion est généralement définie comme un trouble, une agitation passagère ou un état affectif intense caractérisés par une brusque perturbation physique et mentale. Explosive, intense et brève, elle peut être liée soit à des causes extérieures ou des causes intérieures. L’émotion arrive avant nos pensées (pré-verbale); par exemple, lorsque nous sommes en colère tout notre corps se tend et crispe en réponse immédiate à la situation-problème avant même que nous ayons émis une pensée. Nos émotions ont donc un impact très important sur nos représentations et notre vision de monde.

    Elles prennent naissance au plus profond de notre cerveau archaïque « reptilien » avant d’être relayées par le néocortex à notre cerveau dans le système limbique.

    Nous avons à la naissance les mêmes réactions émotionnelles; ce qui vient nous conditionner ce sont les réactions différentes des parents avec un garçon ou une fille; c’est la raison pour laquelle les hommes auront plus de mal à assumer  leurs émotions comme l’anxiété et la tristesse du fait de ce conditionnement de départ.

    Les chercheurs parlent de 6 émotions universelles:

    • la peur,
    • la colère,
    • la tristesse,
    • la joie,
    • le dégoût,
    • la surprise.

     

    Certains psychologues rajoutent:

    • la honte,
    • la culpabilité.

     

    On les aborde selon 2 axes:

    • La valence (agréable ou désagréable),
    • L’intensité (explosive, incontrôlable…).

     

    Elles renvoient toutes à 2 états affectifs primaires liés à des sensations physiques:

    • le plaisir,
    • la douleur.

     

    Les émotions ne sont ni des sentiments ni des humeurs.

    Les sentiments comme l’amour et la haine sont plus stables et plus durables. Les sentiments sont des émotions qui durent.

    Les humeurs sont plus diffuses et d’intensité plus basse, on y trouve:

    • l’anxiété,
    • l’ennui,
    • la morosité,
    • la mélancolie.

     

    Boris Cyrulnik explique qu’il n’y a jamais de perception pure chez l’homme, chaque parole, chaque geste, chaque parfum, chaque image, chaque goût est « interprété » par son affectif; sans les émotions nous serions des machines.

    Pour le psychologue Daniel Goleman à qui l’on droit le concept d’intelligence émotionnelle, la réussite d’un individu dépend davantage de son QE (Quotient Émotionnel) que son QI (Quotient Intellectuel). Il a démontré que les « gagnants » dans une entreprise étaient ceux qui étaient humainement appréciés et capables de gérer leurs émotions et celles des autres. De plus , les émotions sont de véritables outils de communication.

    Il fait bon pleurer…

    Saviez-vous que « les larmes détiennent à peu près dix fois plus d’hormones de stress que le sang selon Marc Schwob, chercheur en neurophysiologie, pleurer est donc la manière la plus naturelle et la plus adaptée pour extérioriser son chagrin.

    Et avoir le cœur joyeux,

    La joie est un euphorisant désinhibiteur naturel stimule la production d’hormones du plaisir ( comme la sérotonine), c’est un véritable aimant, elle attire les autres vers nous et nous pousse au partage. La joie et le plaisir renforcent les défenses immunitaires alors que la peur , la douleur , le chagrin les affaiblissent et nous rendent moins résistants aux germes et au virus.

    Les émotions négatives retenues ou bloquées sont nocives

    Marchander avec nos émotions, en les déguisant ou en les inhibant à l’excès,  présente des risques pour notre santé physique et psychologique. Joseph Le Doux, chercheur, explique qu’ « elles risquent donc de resurgir à tout moment, sous forme de phobies, de boule dans la gorge, de migraines, de dépression, de vide que l’on comble en mangeant ou en se mettant à boire, de maladies psychosomatiques graves ».  Les psychanalystes ont aussi remarqué que le profil des personnes atteintes d’un cancer montre une retenue des sentiments.

    A l’inverse, l’hyperémotivité ou labilité émotionnelle (c’est-à-dire une humeur peu stable) n’est aussi qu’une manière de fuir ses émotions. Depuis l’enfance, l’hyperémotif joue à être ému (à faire le clown, à être le peureux ou le craintif, le pleureur, le rieur…), tout en cachant ce qu’il ressent réellement, pour ne pas déplaire et se faire aimer.

    Freud a bien expliqué, en parlant des émotions, que pour notre bien-être, notre inconscient va les refouler, déplacer, somatiser, projeter sur d’autres afin d’éviter qu’elles soient perçues en soi,  on peut même les transformer en leur contraire. Tous ces mécanismes de défense contre nos émotions épuisent notre énergie psychique et corporelle.

    Accueillir les émotions de nos enfants

    • Ne pas hésiter à nommer les émotions, même ceux de votre bébé afin de l’aider à les identifier,
    • Garder à l’esprit que votre enfant reste très soumis à ses émotions,
    • Lui apprendre à mettre en mots ce qu’il ressent,
    • S’isoler avec lui pour qu’il explique son ressenti dans un cadre calme et rassurant,
    • Ne pas lui reprocher ses émotions et encore moins s’en moquer,
    • Lui parler de vos propres ressentis, il a besoin des émotions des adultes qui l’entourent pour grandir. Les enfants deviennent parfois violents parce qu’ils prennent à tort des silences ou des expressions neutres pour des marques d’hostilité, d’incompréhension ou de rejet,
    • Accueillir sans jugement ses émotions de tristesse ou d’angoisse, ses pleurs, ses cris ou ses mots agressifs,
    • N’interdire aucun type d’émotion. L’enfant perçoit très vite les émotions à réfréner pour être accepté ou aimé de ses parents, la plupart des des blocages émotionnels à l’âge adulte viennent de ce conditionnement affectif négatif. Celui qui n’a jamais le droit d’exprimer sa colère apprendra à ne plus être lui-même pour plaire aux autres.
    • Éviter de tomber dans les stéréotypes conditionnant de type « les garçons sont petits durs qui ne pleurent pas et qui n’expriment pas leurs émotions et « les filles sont des modèles de douceurs et de gentillesse ».,
    • L’aider à développer sa curiosité et sa créativité,
    • Favoriser une écoute et une qualité de présence à l’adolescence, votre enfant aura besoin d’une certaine liberté tout ayant besoin d’être rassuré (ne pas hésiter à partager vos expériences, vos peurs, vos ressentis…).

     

    Accueillir nos émotions

    • Être attentif à ses ressentis corporels,
    • S’observer avec bienveillance,
    • Tenir sur un carnet, un journal, se créer un lieu de rendez-vous avec soi et pour soi,
    • Apprendre à assumer ce que l’on pressent intuitivement comme faisant partie de nous,
    • S’autoriser nos émotions internes et leur expression,
    • S’accueillir avec douceur et sans jugement,
    • Devenir son meilleur ami (amour, respect, engagement, fidélité, fiabilité).

     

    Le travail intérieur de connaissance de soi nous libère de nos émotions, de nos désirs, de nos passions et nos croyances. C’est en s’observant quotidiennement  que l’on parvient à sortir de la pression des injonctions extérieures afin de retrouver autonomie et  liberté intérieure.

    21 Juillet 2016